L’épisode d’envoyé spécial diffusé le jeudi 28 avril, consacrant une enquête sur l’école et l’éducation nationale face à la radicalisation, m’a interpellé. Depuis la rentrée 2014, plus de 1470 élèves ont été signalés comme radicalisés, et pourtant étant moi même étudiante, je n’ai pu constater aucun débat, ni même une esquisse de débat, à ce phénomène. D’ailleurs est-il réellement abordé à l’école ?

La Troisième République, matrice culturelle de la France contemporaine, nous a donné une école laïque et gratuite, instrument essentiel pour enraciner les idéaux républicains, ressouder l’unité nationale déchirée depuis la Révolution, et faire renaître un certain patriotisme. Or force est de constater, aujourd’hui, la désorientation du système éducatif. L’Ecole est au cœur d’une rupture de la transmission. En effet, des théoriciens comme Descartes, Rousseau et Bourdieu ont prôné un refus du savoir justifié par une culture enfermée dans son histoire afin que nous restions indéterminés, entendez par là, parfaitement libres. Ainsi, la désaculturation est vécue comme libératrice, délivrée de l’archaïsme de l’héritage. La négation de la contrainte et la promotion de la diversité au nom de l’indifférence ont crée une génération de déshérités, comme l’explique François Xavier Bellamy dans son livre. On assiste à une faillite de l’école, et plus largement de la société française. L’absence de repères et d’aspirations a laissé place à un néant devenu puissance d’une révolte radicalisée ; la brutalité de la barbarie étant ce qu’il reste à l’homme quand il a déserté la culture selon François Xavier Bellamy, Les déshérités ou l’urgence de transmettre. La préférence de l’Ecole pour l’ignorance plutôt que pour la connaissance est un choix réversible. Il est indéniable que les causes de la radicalisation, entendez une perception de la violence et son interprétation selon des axes idéologiques, sont conjoncturelles, mais également culturelles. La nécessité de la médiation, le sens de la différence, du discernement, la valeur de l’altérité constituent un patrimoine commun que l’Ecole devrait transmettre. Nous assistons à une crise d’identité à laquelle l’Ecole répond par aucune prévention, si ce n’est par la laïcité, car « tout va bien ». Laïcité professée par une neutralité affirmée vis à vis de toutes les confessions, qui ne s’oppose pas, donc, à un apprentissage et à une discussion constructives des différentes religions. L'École est censée transmettre les valeurs de la République que sont la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité et refus de toutes les discriminations. Mais cela ne peut se faire en l’absence de transmission. L’Ecole en France devrait, comme il est fait en Allemagne, ou en Belgique, prendre le problème de la radicalisation à bras le corps. C’est à dire décrypter et déconstruire le discours djihadiste, expliquer sa spécificité politico-religieuse, l’islamisation de la radicalité, et faire preuve de discernement. A force de ne pas s’alarmer, et de faire de la radicalisation un sujet tabou à l’Ecole, on renforce au contraire l’autorité du discours djihadiste. L’urgence de transmettre et débattre s’impose.