Pendant longtemps, les utilities ont appartenu au monde du certain. La production et les réseaux apportaient un cash-flow récurrent à long terme permettant une grande prévisibilité des opérateurs qui pouvaient anticiper, préparer, innover et déployer. Ce monde a été stable et innovant ce qui a été la clé de son succès et de sa longévité.

Les utilities étaient l’un des derniers terrains de jeu où la connaissance d’hier faisait encore la compréhension de demain. Les besoins étaient présents, les modèles connus, seul subsistait encore le débat sur le partage de la valeur et la détention patrimoniale entre la et les puissances publiques et les entreprises privées. Les cycles de régulation et de dérégulation ont permis de trouver les formes hybrides permettant à chacun de trouver un espace dans l’un des rares secteurs économiques où la présence du régulateur est toujours acceptée, souvent apprécié, parfois même souhaité !

Et puis, le monde de l’énergie a subi de très fortes contraintes, et donc de très forts changements.

Le changement climatique a remis en cause l’acceptation des hydrocarbures en général, et dans une certaine mesure du modèle centralisée. Fukushima et l’évolution de l’appréhension du public vis-à-vis de la sureté et des risques technologiques ont remis en cause l’acceptation du risque nécessaire au développement du nucléaire. L’essor des énergies renouvelables permis par une régulation favorable et un investissement croissant ont fini d’achever la certitude de l’énergie centralisée, qui n’ont seulement était contesté sur ses fondements, mais a trouvé une alternative viable avec le modèle décentralisée.

C’est ainsi jusqu’à la valeur patrimoniale qui en a été affecté, avec des dépréciations importantes d’actifs. C’est ensuite le modèle de rémunération qui a été modifié avec un basculement durable du financement du prix payé par le consommateur aux taxes prélevées sur ce même prix qui financent le tarif d’achat. C’est enfin un basculement fort de la préférence du régulateur d’un système physique d’approvisionnement stable vers une préférence à l’approvisionnement renouvelable (priorité à l’électron vert). Les certitudes ont basculé et la valeur des énergéticiens avec : RWE, Eon, ENGIE, EDF ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils ont été dans un passé encore très récent.

Les nouveaux acteurs ambitieux de l’énergie peinent à apparaitre à la mesure de ceux qu’ils font vaciller.

Qui peut citer aujourd’hui un grand acteur BtoC de la transition énergétique qui ne soit pas adossé à un ancien acteur ? La modèle suivant peine à apparaitre car les schémas de rémunération primaires ne sont pas là, rendant le build-up/scale-up nécessaire compliqué à imaginer et avec lui ce que sera la « synergie » clé de ce nouveau modèle.

- Pour la production la valeur est éparpillée parmi de multiples acteurs répondant aux injonctions de multiples régulateurs pour la mise en œuvre de projet. Aucune consolidation n’est opérée dans les opérations.

- Pour la consommation, le modèle de fournisseur d’économies d’énergie n’offre aujourd’hui aucune rémunération substantielle à celui qui la met en œuvre. Il y a les systèmes régulés comme les certificats blancs qui génèrent une multitude d’acteur agissant dans un marché créé de toute pièce et donc fragmenté par pays et par nature réversible. Il y a les systèmes techniques permettant aux consommateurs de mieux piloter sa consommation énergétique, mais dont les gains ne sont pas assez substantiels pour rémunérer le consommateur et le producteur, la vente de l’appareil n’offrant pas de perspective suffisante.

La numérisation, si disruptive dans de nombreux secteurs, n’a aujourd’hui pas résolu cette équation. Mieux apparier consommation et production à chaque instant : mais qui est prêt à payer le coût pour dans un monde sans réelle contrainte énergétique ?

Disparition des anciens modèles, absence d’apparition claire des nouveaux. Baisse de la consommation, évolution de la complexité et de la décentralisation de la production sans modèle de prix, le constat s’étend aux domaines de l’eau et des déchets. Comment va être rémunéré l’innovation à la production et l’intelligence du bon appariement résultant généralement en des économies et non en prix ? La question reste entière après presque 10 ans d’engagement dans ce virage. La réponse apparaitra probablement avec le premier acteur qui aura réussi un build-up / scale-up solides dans l’ensemble de ces secteurs et qui le premier mettra en œuvre des synergies de groupe entre toutes ces segments de valeurs éparpillées et permettra de donner un prix réel aux économies réalisées et à leurs réallocations marginales.

Ce qui certain c’est qu’en l’absence de thèses d’action claires de la part des investisseurs, le secteur des utilities est un secteur piégé pour de nombreuses années. Les acteurs du certain vont donc devoir prendre des risques et proposer une thèse ou sortir comme ils le peuvent de ce secteur.